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Steve Jobs : souvenirs et anecdotes

 

Steve Jobs est mort le 5 octobre 2011 à l’âge de 56 ans. Plutôt que de parler de cette première année d’Apple sans son fondateur, ou de revenir une énième fois sur les qualités et les défauts professionnels du « mythe Jobs », nous vous proposons une série d’anecdotes sur l’« homme Jobs ». L’occasion de (re)découvrir cette facette de Steve Jobs.

 

Steve Jobs en 1982. Image Diana Walker.

 

L’homme qui aimait s’asseoir par terre

Steve Jobs « détestait s’asseoir sur un canapé » se souvient Heidi Roizen, la fondatrice de T/Maker : il s’asseyait le plus souvent par terre. Vivek Ranadivé, le fondateur indien de Tibco Software, raconte à ce titre une anecdote tirée des débuts de NeXT :

Steve voulait discuter avec moi d’un accord afin que les stations NeXT puissent être vendues à ma clientèle. À l’époque, je possédais une petite entreprise qui vendait des logiciels aux institutions financières et à Wall Street.
Lorsque Steve est venu me rendre visite dans le centre-ville de Palo Alto pour discuter des détails de cet accord, il est entré dans mon bureau, s’est assis par terre et a juste dit : « Namaste. » J’étais assis dans mon fauteuil, je l’ai regardé et lui ai demandé : « Pourquoi es-tu assis par terre ? » Steve a répondu : « Tu es le maître de la vente à Wall Street et je veux que tu m’apprennes. » Je n’oublierai jamais ce geste. Il m’a convaincu d’un coup.

 

Les mots de Kobun Chino Otogawa, prêtre zen sôtô qui a officié au mariage de Steve Jobs et Laurene Powell, prennent un écho particulier lorsque l’on connaît certains des principes du cofondateur d’Apple :

 

Nous nous asseyons pour donner du sens à la vie. La signification de notre vie n’est pas atteinte en faisant de son mieux pour créer quelque chose de parfait. Nous devons simplement apprendre à nous accepter. S’asseoir nous ramène à ce que nous sommes vraiment et où nous sommes.

 

L’homme qui cachait sa Porsche

 

Travaillé par ce bouddhisme zen, Steve Jobs n’en restait pas moins attaché aux (belles) choses matérielles. Il aimait notamment les belles voitures, Porsche d’abord, Mercedes ensuite, allant jusqu’à sponsoriser la Porsche 953 K3 de Bob Garretson. Après avoir vendu sa société de conception de logiciel pour la publication, l’ingénieur Randy Adams a été recruté activement par Jobs pour NeXT. Il se souvient avoir acheté une Porsche 911 à la même époque que Jobs : ils garaient leurs voitures l’une à côté de l’autre, sur un espace équivalent à trois places de parking, pour éviter les rayures.

 

Un jour, Jobs accourt : « Randy, il faut qu’on cache les Porsche. Ross Perot arrive et il pense à investir dans la société, et il ne faut pas lui donner l’impression qu’on a beaucoup d’argent. » Ils ont déplacé les voitures, et Perot a investi 20 millions de dollars dans NeXT. Le multimilliardaire texan entre au conseil d’administration de NeXT en 1987, et se présentera ensuite aux élections présidentielles américaines de 1992 et 1996.

 

La Mercedes SL55 AMG de Steve Jobs.

 

Plus récemment, Steve Jobs était connu pour rouler en Mercedes SL55 AMG… sans plaques d’immatriculation. Un de ses amis avait trouvé une faille dans les lois californiennes, laissant six mois au propriétaire d’une voiture avant de l’obliger à y poser des plaques. Jobs louait sa Mercedes, et avait convenu de se faire livrer un nouveau modèle identique tous les six mois, se passant ainsi de plaques.

 

Son nouveau sparring-partner de parking n’était nul autre que Scott Forstall, aujourd’hui responsable d’iOS, autre propriétaire de SL 55 AMG. Jobs se garait régulièrement sur les places handicapés du parking du quartier général d’Apple à Cupertino… sans doute, là encore, pour éviter les rayures grâce aux places très grandes…

 

L’homme qui déplaçait des maisons

 

De manière générale, Steve Jobs n’a jamais hésité à obtenir ce qu’il voulait en faisant fi de toutes les conventions. Sa maison de Waverly Street à Palo Alto a certes souvent été considérée comme « modeste », du moins pour les environs, mais elle est tout de même estimée à 3,5 millions de dollars. Elle se distingue, dans ce quartier huppé et sécurisé, par son absence de barrière et de gardes, ses pommiers et ses pavots de Californie. Un environnement protégé dans lequel il voulait absolument que son fils Reed demeure : Jobs a mis plusieurs années à convaincre son voisin de déménager un peu plus loin pour que son étudiant de fils puisse enfin emménager à la porte d’à côté.

 

Image LA Times.

 

Dans son livre The Little Kingdom, Michael Moritz multiplie les anecdotes sur cette tendance qu’avait Steve Jobs à conformer la réalité à ses désirs : « Jobs a éclaté de rage lorsqu’un conseiller IBM a fait livrer une machine à écrire électrique Selectric bleue, au lieu du blanc cassé qu’il avait spécifié. » Ou encore : « lorsque l’opérateur téléphonique n’a pu installer les téléphones couleur ivoire que Jobs avait commandés, il s’est plaint jusqu’à les en faire changer. » Un « talent » ancien : à 12 ans, il a obtenu de Bill Hewlett en personne des pièces gratuites pour un projet — un aplomb qui lui a valu un stage chez HP.

 

Pour revenir à l’immobilier, on se souvient de l’épisode de la Jackling House. Jobs souhaitait la détruire depuis 2004, mais un groupe luttant pour la préservation de monuments anciens s’y est opposé : ce manoir de Woodside acheté par Jobs en 1984 possède un intérêt historique, puisqu’elle a été conçue par le célèbre architecte George Washington Smith en 1925 dans un style néocolonial. Après six ans de bataille judiciaire, Jobs a obtenu gain de cause : un historien a été commissionné pour sélectionner objets et aspects de la maison devant être conservés, et ceux-ci n’ont été rien de moins que démontés et déplacés !

 

Jobs était donc capable de littéralement déplacer des montagnes pour obtenir ce qu’il voulait, mais pouvait être parfois d’une pingrerie surprenante. Ben Rosen, qui fut CEO de Compaq à son âge d’or, se souvient d’une rencontre avec Jobs à New York :

 

Un jour d’hiver particulièrement froid à la fin des années 1970, je suis tombé sur Steve dans une réunion quelconque à Manhattan, une époque et un événement depuis oubliés. Ce que je n’ai pas oublié est qu’en sortant dans le froid à l’issue de cette réunion, j’étais assez à l’aise dans mon pardessus en laine, alors que Steve gelait sur place. Pas de pardessus, pas même de veste.
Je lui ai suggéré d’acheter un manteau. Il a accepté. Nous nous sommes donc rendus chez Paul Stuart, une de mes boutiques favorites, à quelques rues de là sur Madison Avenue. Après en avoir essayé quelques-uns, il en a choisi un. Il a alors demandé le prix au vendeur.
Oups. « Tout ça, pour un manteau ? C’est trop. En plus, je ne l’utiliserai jamais en Californie. » Nous sommes sortis de la boutique. Moi, au chaud dans mon pardessus. Steve gelé, sans veste.

 

L’homme qui vous insultait pour vous séduire

 

Un des talents de Jobs était d’attirer à lui les tout meilleurs dans chaque domaine. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il n’hésitait pas à vous insulter avant de vous engager. Dans Inside Apple, le spécialiste de la vente Jeff Jordan se souvient d’un entretien d’embauche avec Steve Jobs en 1999 :

 

Jobs invita Jordan, qui avait quitté Disney pour une place chez le distributeur de vidéos Hollywood Entertainment, à un petit déjeuner chez Il Fornaio […]. Assis dans l’arrière-salle entièrement vide sans avoir été accompagné par un serveur, Jordan attendit Jobs, qui arriva en retard, portant un tee-shirt et un short troué et délavé. « Ils lui ont tiré sa chaise et lui ont immédiatement servi trois verres de jus d’orange », explique Jordan, qui se souvient dix ans plus tard de cet entretien comme l’un des plus mémorables de sa carrière.
Jobs commença par ridiculiser les réussites professionnelles de Jordan. « Les boutiques Disney sont nulles », dit-il, « elles donnent toujours une mauvaise image de mes produits Pixar. » Jordan s’est défendu en expliquant pourquoi, selon lui, les boutiques Disney n’étaient pas nulles — au point que Jobs a alors subitement changé de ton. « Au bout d’un moment, il s’est penché vers moi et a dit : « Laissez-moi vous parler de ce poste chez Pixar. » » […] Jordan commença alors à réaliser qu’il avait été le témoin d’un numéro qui était tout autant de la comédie que de la vérité. « Son ton a changé à ce moment », dit Jordan, « j’ai compris qu’il s’agissait d’un test de résistance au stress pour trier le bon grain de l’ivraie. »

 

 

Cette manière de souffler le chaud et le froid était un trait caractéristique de Jobs, une de ses techniques pour sonder l’âme et les reins de ses interlocuteurs. Et sans doute ce qui lui a donné la réputation qu’on lui connaît. Un ancien cadre de NeXT raconte une réunion de 1989 destinée à ce qu’IBM prenne une licence sur NeXTSTEP.

 

Les cadres des deux sociétés se réunirent dans une salle au quartier général de NeXT sur Deer Creek Road à Palo Alto, attendant l’arrivée de Jobs. Il se montra enfin, se tourna vers le cadre senior d’IBM et dit : « Votre interface utilisateur est nulle. » Les cadres des deux sociétés en eurent le souffle coupé.
« C’est comme ça qu’il est devenu un bon en affaires. Il était capable de désarmer les gens en les bombardant d’insultes. », se rappelle le cadre de NeXT. « Il disait quelque chose comme : « On va signer cet accord, mais vos produits sont de la m****. » Il dépassait les bornes. Mais il finissait toujours par obtenir ce qu’il voulait. »

 

Et de fait, IBM a fini par prendre une licence sur les technologies de NeXT pour 65 millions de dollars.

 

L’homme qui voulait de la musique plutôt que la Lune

 

Finissons ce florilège par une petite histoire contée par le journaliste Mark Stephens, plus connu sous son nom de plume Robert X. Cringely. Travaillant depuis 2007 à l’envoi d’un robot sur la Lune avec une expédition à bas coût et donc en quête de fonds, il s’est notamment adressé à Microsoft et à Apple. Chez Microsoft, sa demande est restée lettre morte après qu’il a fait l’erreur de s’adresser à un échelon inférieur et qu’elle s’est perdue dans la bureaucratie. Chez Apple, l’histoire a été toute autre.

 

Je suis entré [chez Apple] au plus haut niveau possible — un mano a mano avec Steve. Toutes les questions stratégiques et les arguments marketing ont été évacués dans la première minute. Les questions de Steve étaient premièrement « est-ce faisable ? » et deuxièmement « la portée de cette aventure est-elle suffisamment grande pour mériter de porter le nom Apple ? » Le retour sur investissement n’importait pas à Steve pour quelque chose de ce genre.
Et pourtant, ça ne s’est pas fait.
Voilà pourquoi. Ce n’était pas un obstacle technique insurmontable. Ce n’était pas que nous n’étions pas capables de faire ce que nous disions que nous pouvions faire (par « nous », comprenez un tas de scientifiques de haut niveau bien plus intelligents que moi). Mais la présentation de notre mission n’avait pas de bande-son.
« Elle a besoin de musique », dit Steve.
« Dans l’espace, personne ne peut vous entendre chanter », répondis-je.
« Reviens avec de la musique. », dit-il en concluant la conversation.

 

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